Alors déjà, ça fait 1 semaine jour pour jour qu’il fait un temps de malade ici ! Attends, je crois que tu ne mesures pas l’ampleur du truc : 7 jours consécutifs de soleil et de chaleur (plus de 20°) en Irlande, c’est juste amazing quoi ! J’ai rangé (pas très loin au cas où) mon manteau Colombia très chaud, imperméable, anti-vent. J’ai aussi laissé mon écharpe en laine et mon bonnet. En fait, le mois de mai est le plus beau mois de l’année en Irlande. Il était temps que ça se confirme !

Bref, donc ce matin, c’est-à-dire à midi quand j’ai voulu prendre mon breakfast,  je me suis dit Whoua quelle belle journée encore, si j’allais à la plage ? A 12h30, j’enfile mes tongs direction the beach (prononciation phonétique : bi-itche. Parce que si tu dis ça comme ça : bitche ça veut pas du tout dire la même chose hein, donc careful !). Après avoir essayé dix millions de tenues (toutes laissées comme de la merde sur mon lit), j’en trouve une idéale pour la journée : une petite robe avec un décolleté plongeant, un petit jupon, le tout sur les teints turquoise, bleu marine, ocre. A chaque fois que je mets cette robe (c’est seulement la 2e fois que je la porte en fait), je me sens trop bombasse genre cherche pas, je gère. Bon, ça doit être une impression. Ensuite je me badigeonne de crème solaire et hop on-nigo
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Une demi-heure de marche plus tard, je me pose sur le port. J’aime beaucoup venir ici car c’est à l’abri du vent et toujours très tranquille. La mer est en train de remonter. Chouette. Je m’allonge, et je me laisse bercer par les vagues. Au bout de 30 minutes environ, je me lève pour admirer le point de vue. J’ai abandonné mes tongs, je marche les cheveux au vent, en tenant ma robe comme une princesse. Quand keskispace ? Un mec arrive avec la banane. Pantalon noir, maillot noir des All Blacks, chaussettes noires, baskets noires. Sourire Colgate +++. Ni une ni deux, j’arrête mais faux airs de princesse, je me remets le décolleté en place et tiens fermement ma robe près du corps. Non mais oh, et puis quoi encore ?! Il me parle en anglais donc je lui réponds : « Il fait beau hein ? ». Et à cette instant précis, je me dis, ce mec ne va pas me lâcher. Je ne sais pas pourquoi mais je le sentais comme ça. Il me dit qu’il aime venir ici pêcher le maquereau. Moi je me dis ah, il y a donc des maquereaux dans ce coin ! Mais bon je ne lui dis rien, je fais mine de m’intéresser en laissant échapper des « yeah », « I see », « nice », « do you ?! ». Tout ça pendant qu’il a un strabisme sur mes seins. « I’m gonna show you how to catch mackerels » (traduction pour les bilingues : « je vais te montrer comment attraper des maquereaux »). Bon bah aller hop, no soucy, tant que c’est que regarder moi ça me va. Petite précision : ce mec n’a fait que parler, parler, parler, zieuter, parler, parler, parler, zieuter et parler. Je vous ai dit qu'il avait parlé ? Donc il me montre comment mettre la ligne, les hameçons etc. Il me montre comment tenir la canne à pêche. Et puis, il me la fout entre mes mains (la canne à pêche voyons ! hey, faut suivre !) et me dit vas-y ! Il se met derrière moi (j’avais envie de sauter) et m’aide à accompagner le mouvement pour m’entrainer. Puis il me dit que je peux lancer la ligne. Je lui dis d’attendre car je suis un peu en mode panique pour ma robe car elle se soulève beaucoup avec le vent. Il me dit « ahh mais faut pas s’inquiéter hein ! T’as pas de maillot ? » Moi comme une gourdasse je lui dit « non non j’ai rien ». Ce à quoi il répond avec joie et très bonne humeur : « ah ouais t’as rien ?? ». Je me rattrape en disant « si, enfin juste mes sous-vêtements ». Après ça,  je m’exécute whouaaaa j’ai réussi ! Sauf qu’en remontant la ligne, pas de poissons au bout. En même temps je m’en fous quoi, même s’il m’a dit que si j’en pêche, je pourrais les ramener chez moi. Le truc, c’est que moi, mise à part le maquereau au vin blanc en boite, je n’en mange pas. M’enfin bon bref, c’était drôle d’essayer. Il lance la ligne. Il essaie de la remonter sauf que ça coince. En fait, elle est bloquée dans les rochers. Ah, je me retiens de rire et de lui dire que son plan drague prend fin maintenant. Mais non, il a plus d’un tour dans son sac. Il a une deuxième ligne ! Blablabla, il me pose des tas de questions en mettant sa nouvelle ligne. "Ah mais tu parles français ! Moi aussi !" >> Euh ouais cool… Je lui parlais tout le temps en anglais car son niveau laissait à désirer pour un mec qui disait parler français depuis toujours. Quand je pose une question et qui me dit « yeah yeah », ça veut tout dire !! Et puis même, je suis plus à l’aise à parler anglais. Ah, ça ligne est prête. Il la lance et keskispace ? Elle se barre ! Ah non mais là c’est trop drôle ahahahaha. Décidément il n’a as de chance ! Il l’a lancée trop loin et elle a lâché. Je me dis alala, c’est pas de bol mouhahaha. Je me dis aussi qu’il va s’en aller et me laisser tranquille. Mais non, il n’en est rien ! Monsieur a décidé de me faire chier jusqu’au bout hein. A ce moment précis, une bande d’ados pré-pubères débarque. Ils sont en combinaison (c’est normal ici de se baigner comme ça, l’eau est très froide). Ils entament des sauts périlleux – des flips-. Moi j’étais assise à attendre que l’eau touche mes orteils. J’avais encore du temps avant que ça arrive, un mètre séparait mes toes de la mer. Il me demande mon numéro de portable. Ouais, j’ai eu le malheur de lui dire que j’aimerai voir un match de rugby ou de gaelic football à Dublin. Le mec est coach de rugby en fait. Il a pris mon numéro de portable pour me dire quand il aura des billets (il peut m’avoir une place gratos) et aussi pour me dire quand il sera sur le port à nouveau. Mais au fait, vous vous demandez son âge ? Moi aussi. En fait il est black et moi, j’ai toujours beaucoup de mal à donner un âge à un black ou à un asiatique. Mais je dirais environ la quarantaine. Au début ça ne m’a pas dérangée qu’il me parle puisque j’ai remarqué une bague sur son doigt du mariage (auriculaire ?? Annulaire ??). Mais il s’est avéré être très très lourd en fait. La mer continue de monter, il y a de grandes vagues mais quand elles s’approchent de mes petons, elles sont trop petites pour les atteindre. On regarde les  gamins plonger. Moi aussi j’en ai envie. Il me dit qu’il doit partir car il doit faire blablabla « yeah », « I see », « nice ». Il met une demi-heure à partir. En fait je ne parlais plus donc il a dû se faire chier. Il me dit de passer une bonne journée, qu’il me dira quand il sera sur le port (ce à quoi j’ai répondu que j’étais prise tous les weekends.  Il me demande pour le weekend prochain, je lui dis que je serai en Ecosse et il me repose trop de questions), de prendre soin de moi et il finit avec un « I love you darling ». Okay, il était temps qu’il parte ! (Je ne vous ai pas mis le moment où il négocie pour me déposer chez moi. Et j'ai pas pu lui filer un faux numéro car il m'a dit qu'il m'appellerait pour vérifier "si ça marche")
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Les gamins continuent de sauter, je tente de toucher l’eau mais ce n’est toujours pas le bon moment. Des kayaks arrivent face à moi, les mecs ont l’air de prendre leur pied. Puis en l’espace de 2 minutes, on est plus de 30 personnes sur le port ! J’ai arrêté de compter après trente car j’aime pas les chiffres. Ils se connaissent tous. Ils sortent de la glacière des bières et du vin. L’une des « meufs » (ça c’est quand une femme me gave) allume sa musique : elle pose son iPod sur une base –sans fil- qui diffuse la musique. Je me croirais dans une salle de gym avec une musique des années 80/90 kitch à mort. Je tiens à rappeler que je viens très souvent sur ce port et que je n’ai jamais vu personne. L’eau monte. A force de les voir tous sauter, j’ai de plus en plus envie d’y aller. Je n’ai juste pas de maillot de bain. A 15h49 très précises, il s’est passé un truc de dingue. Une grosse vague a pointé le bout de son nez et a mouillé mes pieds. Youpi ! A présent, il ne reste plus que 2 pauvres centimètres. J’ai hâte de pouvoir faire trempette avec mes gambettes. Bon et puis bah j’en ai marre d’attendre cette stupide mer qui prend tout son temps pour remonter, jme casse ! Oui oui, sur un pas bien déterminé à rejoindre la plage. Merde alors quoi ! Une fois sur le sable, je m’empresse de rejoindre la mer. Les orteils, les chevilles et puis hop les genoux sont à l’eau ! Hum le bonheur. Il est 16h04. J’ai envie de retirer ma robe et de me glisser dans l’eau, qu’importe la température. Je savoure ce moment, j’adore. Je ressors de l’eau, j’ai envie de faire pipi. Le genre de pipi très urgent. Car mon dernier était mon premier de la journée. Donc forcément, après avoir bu un bon litre en plein soleil, ma vessie est aussi grosse que mon ventre. Je remontre la grande route  tranquillement avec un grand sourire sur mes lèvres. Je suis heureuse. Et puis une voiture s’arrête, baisse sa vitre. Quoi ? Qui me parle ? C’était un des pêcheurs que j’ai rencontré la semaine dernière qui me propose de me déposer chez moi. J’accepte volontiers. Il est charmant mais pas comme mon prince. Il a les cheveux blonds, secs. Il n’a qu’une dent sur sa mâchoire supérieure. Il parle avec un accent horrible. Mais il est adorable. Il veut m’offrir une glace. Je lui dis que je suis en régime mais que c’est gentil. Je ne suis pas en régime, mais c’est gentil quand même. Au lieu de mettre 30 minutes pour rentrer, j’en aurais mis 3. Je fonce aux toilettes, j’allume mon pc et je rédige mon billet.
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