J'allais avoir 19 ans le mois suivant.
Le matin dans le métro pour aller en cours, j'avais un peu mal au ventre. Je me suis dit que j'avais peut-être envie de popo. J'arrive à l'IUT, j'ai toujours mal mais bon, je me dis que ça va passer comme toujours. Je ne veux pas prendre de médocs car je n'aime pas ça. J'attends l'agonie pour en prendre en fait. Tarée un peu je sais.

Fin de matinée, je me plie en deux, les bras sur mon ventre, la tête sur les genoux. Vient l'heure du lunch. Je descends au Crous avec les filles de ma classe. On mange. Ma douleur est toujours présente. Si présente que je finis par exploser en sanglots à cause de cette fichue douleur au ventre. Je suis pliée en deux sur ma chaise. J'ai trop honte, tout le monde me voit pleurer. Une copine décide de m'emmener aux toilettes. Faut qu'on remonte les escaliers (ouais, le resto U était en sous sol, sympa la vue sur les murs). Nous y voici, je m'écroule par terre. J'essaie d'appeler mon généraliste pour qu'elle me dise quoi faire. Shit, elle ne répond pas. J'arrive très difficilement à marcher. 

Ma copine m'aide à aller à la pharmacie la plus proche. Par chance y'en a une à côté de l'IUT. On marche un quart d'heure. Une fois sur place, je m'assieds sur une chaise dans la pharmacie. Je pleure tellement j'ai mal. Les deux pharmaciennes me disent que je dois aller à l’hôpital. Par chance encore, y'en a un qui se situe sur l'autre rive de la Seine. Sauf que je suis incapable de m'y rendre en marchant. Elles appellent les pompiers qui diront qu'ils ne peuvent pas venir avant 15 minutes. On appelle un taxi qui me déposera là-bas. 

J'arrive aux Urgences, je vais au comptoir et explique ma douleur en pleurant, en me tordant et en touchant mon ventre comme... une femme enceinte. J'explique tout très vite et précise que je me suis déjà faite opérée de l'appendicite. Je savais qu'on me poserait cette question. Bref. Ils me donnent un lit dans la salle d'attente. Personne ne m'aide à monter dessus. Une fois dessus, je commence à vomir. Personne ne vient à ma rescousse. Mon Dieu je me sens si mal.Finalement ma copine revient me voir après avoir rempli les formalités administratives.

Après environ trente minutes, on me transfert dans une chambre. Personne ne me parle. Un interne vient me voir. Il n'a rien de ceux de Grey's Anatomy. Il relève mes constantes, fait une prise de sang ou deux. Et puis trois petits tours et puis s'en va. Je me retrouve seule à nouveau. Ma copine est toujours dans la salle d'attente.

Une bonne heure après l'interne revient vers moi et me vire de ma chambre pour me mettre dans un couloir. Il n'y a plus de matos dans l'hôpital pour me faire tenir la poche de ma perfusion, alors il la scotch au mur. Super trop top moumouth. Puis elle se décroche. Ma copine est horrifiée, elle voit mon sang qui remonte dans la poche. Elle court chercher quelqu'un. Ouf, ça soulage j'ai moins mal quand c'est accroché au mur. Puis l'interne revient encore et m'annonce, après que je lui ai demandé ce que j'avais : "Et bien vous êtes enceinte".

Le monde s'est arrêté de tourner. Tout se bouscule dans ma tête. Non c'est pas possible. Je prends la pilule putain, je prends la pilule même qu'elle n'est pas remboursée ! Ah moins que je sois tombée sur les 2% qui marchent pas de la pilule... Mais non putain je ne peux pas être enceinte maintenant, je pars au Canada dans 5 mois !!!

Je lui dis "Non c'est pas possible". Cet abruti interne me répond en souriant grandement "Il doit être content le copain... Mais vous n'aimez pas les enfants ? C'est mignon pourtant !". Connard, j'aime pas les enfants comme toi sérieux rentre chez toi si c'est pour me dire ça. "Ah bah mon copain veut pas d'enfant maintenant donc bon... Et si j'aime les enfants, c'est pas ça le problème, j'ai même pas encore 19 ans!!!".

Puis mister connard s'en va. J'avais demandé à ma copine de prévenir frenchy que j'étais à l'hôpital. Non non pas mes parents, ils ne se seraient pas déplacés de toute façon, même s'ils travaillent aussi sur Paris. Bref. Frenchy ne travaillant pas sur Paris, a mis un peu de temps à venir. Du coup je décide de prévenir mon père que je suis à l'hosto. Je lui dis que je suis enceinte. Silence radio de sa part. On évoque un sujet très sensible : les relations sexuelles "Mais... avec ******, vous vous protégez ?". Non on est hippie on fait ça comme ça avec un pèt. "Oui oui je prends ma pilule tous les soirs à heure régulière". Puis on raccroche. 

Je suis sacrément tendue. Je me sens mal, très mal même si je n'ai plus trop mal. Frenchy arrive. Je suis toute soulagée de le voir même si je suis vêtue d'une veste d'hopital qui se ferme dans le dos par un simple lacet. J'ai juste mon soutif en dessous, et bien sur, tout le monde le voit. Bref, j'ai la mine fatiguée. J'annonce la nouvelle a frenchy. Il est abasourdi. On ne comprend rien tous les deux.

L'interne revient et me dit que je peux sortir. Et puis je lui dis que j'ai encore mal. Et il me dit "Ah mais vous avez une petite diarrhée". Ce à quoi je lui réponds limite avec des larmes aux yeux "Je suis enceinte quand même ou pas ?". Mister connard me répondra simplement par "Ah non pas du tout". Je regarde mon homme trop soulagée "Ah ouf !!". Monsieur-de-quoi-je-me-mèle lance a frenchy "Ah bah c'est l'copain qui va pas être content !". Et là, mon beau frenchy lui sort son sourire Colgate Blancheur +++ et lui rétorque "Ah si, l'copain très content!". Hééé toc ! Dans tes dents !

Mais j'ai un doute. La chiasse, je sais ce que c'est or je ne connais pas la douleur que j'ai depuis ce matin. "Mais heu, si c'est une diarrhée, c'est normal que j'ai mal dans le bas du dos aussi ?". "Bon on va ré-examiner la prise de sang".

Le bilan tombe : colique néphrétique. En fait c'est un cailloux d'impuretés ou de calcium qui se forme dans ton rein. Ca ne fait pas mal jusqu'à ce qu'il bouge. Une personne sur deux en a. Certains vivent avec toute leur vie, d'autres en chie comme moi. Et si t'en a eu une fois, tu vas forcément en ravoir : soit dans une semaine, dans un mois ou dans dix ans. C'est l'jeu ma pov' Lucette !

Au final, en 3 jours, j'ai été trois fois aux Urgences (dont deux fois à 4h du matin). J'ai eu le droit à la Morphine tellement je souffrais. Alors là par contre, après la dose, j'étais total in peace man. Décontracte, y'a pas l'feu maaaan ^^ Scanner et IRM à gogo. Je dois filtrer mes urines pendant une semaine, louper les cours pendant une semaine. Sauf que obligée d'y aller une aprèm pour mes oraux sinon c'est ZERO pointé même avec justificatif de l'urologue et de tous les médecins que j'ai vu. Bref vive l'IUT.


Les médecins disent que c'est aussi douloureux qu'accoucher. J'en sais rien mais je peux te garantir que ça a été la pire douleur de ma vie. J'ai tellement pleuré de douleur. Ça ne m'était jamais arrivée avant.
Et je pense que c'est une des raisons pour lesquelles je ne veux pas avoir d'enfant.

Tag(s) : #couple, #reactions, #you piss me off

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